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Je dis « on » pour ne dire ni « il » ni « elle » puisque Kae Tempest n'aspire à s'étriquer dans aucune case. En anglais ce serait « they », ici c'est « on » et je ne suis pas habituée. Alors d'entrée je salue la personne, sa force et sa jeunesse, ce regard. On prend de la distance et ici réfléchit à ce qui fait lien entre on et les gens. On envoie les mots et en sent le retentissement. Les confinements nous assignent à vivre de rudoyantes épreuves, à ne se frotter plus qu'au crépis de nos murs et à oublier le salin de la sueur de l'autre, on profite de l'accalmie du tourbillon pour sonder sa réflexion sur l'apathie et la créativité, et on ne juge pas car on aime les gens et que les gens c'est complexe et que tout est question d'équilibre. On prône le partage de ce qui est créé, sa réflexion s'agrippe à mon dos, la connexion a lieu, à fond, entre l'esprit des profondeurs et l'esprit de ce temps de Jung. Aux éditions de l'Olivier.

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La nuit infinie des mères

Son cri ressemble à un interminable gémissement, une plainte haute fréquence jusque là passée sous silence, au plus loin de nos ascendances. Une essentielle. On tait les nuits sans sommeil. On ne dit pas la traversée des envies noires, le choc des émotions contradictoires. Dans La nuit infinie des mères, Virginie Noar ose, brise, pose. Elle raconte les tréfonds d'une mère isolée, quand la supposée tranquillité nocturne métamorphose en guerrière harassée, quand la maternité n'a plus rien d'une idylle. Sa plume est vraie, ses mots illuminent autant qu'ils plongent. Ce qu'elle fait est nécessaire, ce livre en noir et gris est nécessaire, l'amour de la mère est inconditionnel, le pastel c'est pour le monde d'avant. Et que brillent les étoiles, et que vive la langue de Virginie Noar. Aux éditions François Bourin.

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Le Grand Marin

C'est un choc dès la lecture de la première phrase. Le bras se prend dans l'engrenage, puis le corps tout entier. Ca secoue et c'est grisant de se trouver là, à la merci de la plume de Catherine Poulain, crue et tellement poétique. La petite française se confronte. Elle part pêcher la morue noire et le flétan en Alaska. Pendant dix ans, elle se mesure à une vie qu'on ne lui aurait pas choisie, serre les dents et ravale sa salive. Comme pour mieux éprouver ce bout du monde, elle s'enfile les cœurs encore battants de poissonnaille à l'agonie. Elle veut (se) démontrer qu'elle a sa place à bord, avec ceux qui endurent. A travers ce premier ouvrage, Poulain tacle avec classe l'idéal d'un monde meilleur tout en y cueillant son bonheur à elle, à grandes lampées de bière et de vodka. On se croirait dans les bouges de chez Jack London, ça braille et ça empeste l'alcool et le poisson. Dans le creux de mes draps j'admire, je me laisse bringuebaler par la rudesse de la mer, je tire mon chapeau à la femme. Et je garde, après coup, des odeurs, des saveurs, des images, des sensations. L'impression d'avoir vécu un grand voyage.

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