Journal d'Ecoute(s)

Au creux du festival

Publié le 16 décembre 2018
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Journal d'Ecoute(s), J1, jeudi 19 avril 2018
A l'aube du premier jour, l'ouverture des paupières s'était faite naturellement, très tôt. Dans le ventre, une forme indéfinie, moitié excitation moitié trace de drap sur la joue. Jusque là tout allait bien, jusqu'ici les idées étaient encore claires, du moins en apparence. Elle avait conscience qu'il y aurait un après mais seul le pendant comptait. Soulever / installer / téléphoner / copier / coller / aller / retour / s'envoler, et surtout ne jamais oublier : s'approprier maladroitement un accent chantant parce que ça fait sourire et que sourire, ça fait plaisir. Elle se sentait puissante parce que partie intégrante d'une entité. Elle se sentait confiante grâce au choc de l'équipe. Elle enfilait ses gros sabots pour entrer dans le premier jour du Festival Ecoute(s). Et grâce à Marie-Pierre Planchon, le soleil était de leur côté.

Journal d'Ecoute(s), J2, vendredi 20 avril 2018
Aux morsures de l'aube du 2e jour, la superstition l'avait extirpée du sommeil. Les premières chaleurs de l'année s'apprêtaient à donner à la ville un air de vacances. De la chambre voisine, son amie lui confiait ses peurs. Rassurer, il n'y avait que ça à faire, rassurer. Elles filaient à vive allure à bord du même rafiot et il s'agissait de garder le cap. Pas le moment de flancher mais plutôt : entrer dans la journée comme on pousse la porte battante d'un saloon, foncer au bar et commander un whisky bien corsé, le boire cul sec et le reposer sur le zinc, tourner les talons et s'affairer. Tourner les talons et s'affairer. 15 pains au chocolat et 15 croissants, ne pas oublier le thé pour les anti café, des casques et des lecteurs mp3, des programmes, le stop-trottoir qui pèse un âne mort, des slips Ecoute(s) et des tee-shirts et surtout, surtout le sourire. Efficacité et convivialité, penser à l'avenir immédiat et occulter l'approche de la soirée, le saut dans une autre réalité, post rigolum animal triste.

Journal d'Ecoute(s), J3, samedi 21 avril 2018
Elle n'avait pas prévu que le 3e réveil piquerait. Les aurores avaient, une fois de plus, pris le dessus sur ses rêves. Nuit ou jour, tout se mêlait et ça n'avait plus d'importance. Une énergie toute printanière la portait depuis plusieurs jours, et l'enthousiasme du public la veille l'avait transportée tout là-haut dans l'océan. Et cette brochette de regards bienveillants... C'était sûr, il y avait vraiment un après, pendant ce festival. La journée du samedi était la plus dense. Casques et caravane, c'était l'objectif de la matinée. Le Guronsan était devenu son ami, son Chris avait ronflé à ses côtés, Marie-Pierre Planchon tenait ses promesses. Tout convergeait. Il s'agissait désormais de glisser le doigt de pied dans la porte et de rester là, vaillante.

Journal d'Ecoute(s), J4, dimanche 22 avril 2018
Son horloge biologique indiquait 6h42. Elle ignorait quelle signification cette heure pouvait avoir sur son inconscient, mais ça faisait 4 jours que ça durait. Le rituel était toujours le même, se décoller les yeux, balayer l'ampleur de la journée, se remémorer les aspérités de la veille et enchaîner par un moment à soi : le rendez-vous auroral avec l'écriture s'était imposé dès le 1er jour, comme un passage obligatoire avant d'aborder le marathon.
Ce matin, le Festival Ecoute(s) tendait vers sa fin. Elle sentait déjà poindre le moment où tout le monde parti, il faudrait réunir – trier – ranger – faire le point - toutdonnerencoreunedernièrefois, il faudrait rentrer à la maison – rejoindre son quotidien – laisser les copains là où on les avait trouvés en arrivant. Elle le savait, la redescente serait pentue. Mais le sommet n'était pas encore atteint, il s'agissait maintenant de se concentrer sur le présent pour aller décharger / installer / rencontrer / faire écouter / transmettre peut-être la passion, qui sait. 6h42 était déjà loin.

Journal d'Ecoute(s), J5, lundi 23 avril 2018
A l'aube du 5e jour, tout se passa comme prévu. Attablée dans la cuisine dès 6h45, elle était parée pour en découdre avec les mots. Le Festival Ecoute(s) était terminé, ne restaient plus que quelques menus détails à ajuster, un dernier petit déjeuner au QG, puis porter / charger / compter / transvaser / décharger sans se faire mal. Et au passage évidemment, enchaîner quelques jeux de mots stupides avec l'accent fil rouge, deux trois blagounettes ras des pâquerettes et continuer de faire de cette aventure un laboratoire de la vie en collectif, un équilibre presque parfait entre l'être et le faire. Dans l'équipe organisatrice, quelque chose de puissant s'était passé et elle était épatée par l'alignement des planètes malgré la distance des galaxies. L'implication avait été si forte, les liens si serrés, l'engagement du corps, la libération des émotions, la mise en commun des rêves, tout cela venait toucher tout au fond d'elle-même une corde enfouie qu'elle pensait insaisissable. C'était clair : cette corde avait été exhumée, elle s'y agripperait pour rester à jamais grisée, transportée.
Il s'approchait sévèrement le moment où il faudrait chausser son auto et tracer, les montagnes grenobloises dans le rétroviseur. Elle ne l'appréhendait presque plus : au fond du ventre respirait un souffle rassurant.

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